Comment vivre le carême? L’Abé Michel SIGNIE répond

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Dans quelques jours, les chrétiens du monde entier célébreront la fête de pâques, ceci passe par une phase préparatoire qui est le carême, qu’est ce que cela signifie, nous sommes allés à la rencontre du père Abé Michel SIGNIE, curé Doyen de Bangangté, et curé de Notre Dame des sept douleurs de Bangangté

Echos du Ndé : Bonjour Mon père, depuis quelques semaine déjà les chrétiens du monde et plus particulièrement celle de votre paroisse vivent le carême. Qu’est-ce que c’est le carême ?

Abé Michel SIGNIE : Le carême c’est une période. Il faut partir de l’étymologie du mot parce que carême vient de quadragésime qui veut dire le 40ème jour et le carême nous rappelle les 40 jours à la fois que Jésus Christ a mis dans le désert pour se préparer à embrasser sa mission. Mais plus loin dans l’histoire du salut, le carême nous renvoie aux quarante années que les hébreux ont mis à traverser le désert de l’Egypte vers la terre promise. Quarante aussi pour parler des écritures, nous renvoie au déluge. Les quarante jours de pluie, quarante jours et quarante nuits pour nettoyer entièrement la surface de la terre pour une recréation, une nouvelle création. La rédemption et le salut se célèbrent à la pâque. C’est ce qui fait donc que le chrétien se prépare pendant cette période pour pouvoir célébrer valablement la fête de pâques.

Echos du Ndé : Quand est-ce que le carême a débuté dans votre communauté ?

Abé Michel SIGNIE : En fait, ce n’est pas en termes de communauté que le carême commence. Le carême est une réalité de l’église universelle. Il commence à une date précise et se termine à une autre date. Généralement, le carême commence par le mercredi des cendres qui n’est pas forcément un jour récurent d’un mois à une année, mais le carême commence avec le mercredi des cendres, c’est le premier jour et il va jusqu’au vendredi saint qui est un des jours des trois jours marquant la préparation immédiate de la fête de pâque. On appelle ces jours là en terme liturgique ou en terme religieux le tridum qui veut dire 3. Trois jours pendant lesquels on retrouve le pic de la célébration de la pâque. Le jeudi saint, le vendredi saint et le samedi saint parce la résurrection en fait c’est le samedi saint et dimanche on fête. Pour terminer, je devrais dire quelque chose, parce que quand nous parlons de 40 jours de carême, si vous regardez du mercredi des cendres jusqu’au vendredi saint vous allez avoir l’impression que c’est plus de 40 jours, mais simplement parce que les dimanches ne sont pas comptés dans le carême, chaque dimanche étant la célébration de pâque. Il y a aussi dans cette période là deux grandes solennités, le 19 mars qui est la solennité de saint joseph époux de marie et le 25 mars qui est la solennité de l’annonciation qui symbolise le moment ou Dieu prend place chez les hommes et la conception de marie, l’enfant est déjà là, il est présent.

Echos du Ndé : Mon père, comment le chrétien va-t-il se comporter pendant la période du carême ?

Abé Michel SIGNIE : L’église a axé le carême sur trois grands piliers : l’aumône, la prière et le jeune. L’aumône c’est le partage, c’est la charité, c’est l’expression de l’amour parce que s’il n’y a pas amour on ne va pas à la rencontre de Dieu. Par contre il faudrait se rappeler que le carême est un temps d’entraînement qui symbolisé par les 40 jours est aussi l’expression de toute la vie de la personne. Parce que pendant la vie, on cherche à aller à la rencontre de Dieu. L’aumône consiste à aller vers les personnes nécessiteuses, c’est aussi un temps de prière, un temps de connexion de la personne à son Dieu et pendant ce temps vous vous rappelez que plus on jeûne, plus on s’éloigne des choses qui distraient et on peut facilement se tourner vers Dieu. C’est pour cela d’ailleurs que lorsqu’on parle des 40 jours de jésus au désert, on dit que pendant les quarante jours il a jeûné et dans son jeûne, il se rapprochait de son père et il était connecté à son père. Le chrétien à la suite de Jésus Christ doit apprendre à se couper de tout ce qui l’empêcherait de se tourner vers Dieu, il apprendra réellement à se tourner vers Dieu par la prière. Il sera dans un silence intérieure de la personne, on dit souvent le retrait intérieur.

Echos du Ndé : Jeune, prière, aumône, peuton choisir ce qu’il faut faire pendant le carême ou bien les trois vont ensemble ?

Abé Michel SIGNIE : en réalité, les 3 vont ensemble. Le jeûne comme tel n’est pas pratiqué par tout le monde. Mais il faut dire qu’il y a une catégorie qui est exclut du jeûne, tels les malades, les élèves, les enseignants. Pourquoi cela ? Quand on prend le jeûne sur le coté purement alimentaire, ca fait que le malade a besoin de l’énergie, des calories qu’il puise de ce qu’il mange. S’il se prive de ce qu’il mange, il ne peut pas guérir. Les élèves, l’étudiant, les enseignants, ont besoin de l’énergie dans ce qu’ils font. S’ils se privent de l’alimentation, ils ne peuvent pas avoir un rendement. Mais maintenant quand on regarde le jeûne sur un autre plan spirituel qui est le fait de s’abstenir de ce qui alourdit la personne, on peut maintenant dire que personne n’est exclut du jeûne parce que le malade même s’il mange les aliments, il y a d’autres choses de sa vie qu’il a souvent faite et qui ne lui ont pas permis de rencontrer le Seigneur, le péché par exemple. Et pendant ce temps là il doit apprendre à jeûner du péché. C’est pour cela qu’en entrant dans le carême, «déchirer vos coeurs et non vos vêtements » Le vêtement c’est pour les choses externes et le coeur c’est la réalité intérieure de l’être c’est-à-dire la vérité que l’on doit faire en soi ne doit pas être une vérité de l’extérieur, une apparence, un « see me » comme on dit en une autre langue, mais ça doit partir du tréfond de son être. C’est pour cela que je dis que même si certains sont exclu du jeûne des aliments, tout le monde est compris dans cette abstention, cet abstinence par rapport à la connexion à la vie avec le seigneur.

Echos du Ndé : un chrétien qui interrompt le jeûne pour quelque raison que ce soit peut-il recommencer après ?

Abé Michel SIGNIE : Le jeûne est différent de la neuvaine de prière, quand tu l’as commencé, il faut la terminer sans interruption. La neuvaine c’est une prière qui se fait d’une même façon pendant 9 jours. Si tu as rompu entre temps, tu as rompu la chaîne et il faut la reconstituer. Mais si vous commencez le jeûne et entre temps vous tombez malade, vous devez arrêtez pour pouvoir vous soigner avant de reprendre. Le meilleur jeûne c’est se priver des lourdeurs intérieures pour pouvoir se tourner vers le Seigneur.

Echos du Ndé : le carême se pratique seul chacun dans son coin ou alors les chrétiens se mettent ensemble pour l’observer ?

Abé Michel SIGNIE : Disons que le carême a une dimension personnelle et une dimension communautaire. Comme chrétien on entre dans le carême en se faisant la résolution des choses qu’il faut vivre pour pouvoir obtenir la grâce de Dieu. Parce que la grâce de Dieu est d’abord une recherche personnelle. Mais ensuite pour se tenir sans flancher, ça devient une réalité commune car, en communauté, ce qu’on aurait pas pu faire seul, en voyant les autres faire on a un regain de courage à faire un certain nombre de choses. C’est pour cela qu’à côté de la personne qui prend ses résolutions de carême, il y a la communauté aussi qui en fait pour qu’on se soude pour avancer.

Echos du Ndé : La clôture du jeûne, comment est-elle organisée ?

Abé Michel SIGNIE : si on regarde le carême comme une petite période, elle nous conduit à pâques parce que c’est un entraînement pour pouvoir arriver à pâques. Mais quand on regarde le carême dans l’aspect du temps de salut, c’est la vie de la personne parce que notre vie sur terre est entièrement pour aller à la rencontre de Dieu, mais on se limite très souvent dans les aspects forts du carême, à la pâque, dont le chrétien pendant ce temps là il se prépare pour mieux fêter la pâque qui est la résurrection du Christ mais qui est un avant goût de notre propre résurrection. C’est d’ailleurs pour cela que nous nous préparons parce que dans le Christ nous voyons ce que nous devenons et vous avez surement entendu parler dans les dimanches de carême de la transfiguration parce que le christ nous montre comme en avant première ce que nous deviendrons après les souffrances de cette terre.

Echos du Ndé : un message, une recommandation pour les chrétiens en cette période ?

Abé Michel SIGNIE : après plusieurs semaines déjà, j’encourage mes frères et soeurs de tenir bon parce que généralement on commence le carême comme un moteur diesel, permettez l’expression. Ca va lourdement mais quand ca a prit ca va tenir. Généralement quand on tend vers la fin, on a tendance à relâcher. Je leur demande de tenir bon qu’ils ne relâchent pas parce qu’il y a la peine dedans. Dans ma communauté chrétienne, pendant le carême, on organise le chemin de croix chaque matin et le chrétien doit se lever déjà chaque matin à 5h pour le chemin de croix. Ca veut dire que le carême change le rythme de vie du chrétien, il faut aller à la paroisse de lundi à samedi, jusqu’au vendredi saint. Cela demande un regain de force et on se sent fatigué. Tenez bon car dans quelques jours le carême fini et voilà vous allez célébrer pâque. Bonne continuation à tous. Je vous remercie

Propos recueillis par Ide Carine TCHOUNGA

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